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Qu'il neige ou qu'il vente, ne vous privez plus du plaisir de marcher ! Bien équipé, vous pouvez braver froid et intempéries en toute sécurité. Sous réserve, toutefois, de vous adapter aux conditions météo... Le moyen le plus sûr de combattre efficacement le froid consiste à limiter les fuites de chaleur. L'être humain est, dit-on, "homéotherme" car il possède un réglage automatique de la température du corps, mécanisme qui fait intervenir un ensemble de fonctions complexes. LE REFROIDISSEMENT DE LA PEAU La vasoconstriction cutanée est le premier mécanisme qui entre en fonction pour conserver la chaleur du corps. Il a pour effet d'arrêter l'irrigation sanguine de la peau, notamment au niveau des pieds et des mains. Par exemple, le débit de sang dans la peau, qui est de l'ordre de 20 ml par minute pour 100 g de tissu lorsque le mercure reste à 20°C, est susceptible d'être réduit à 1 mi par minute dès que le thermo¬mètre indique une température de 0°C et moins. Ainsi, l'épiderme se refroidit et diffuse moins de chaleur dans le milieu ambiant. En d'autres termes, la peau et les tissus superficiels ont alors une fonction isolante, qui permet de pré¬server la température du reste du corps. Par conséquent, quand on dit que la température corporelle se maintient à 37°C, on ne parle que de la température centrale, et non pas de celle de l'enveloppe cutanée. Grâce à leur contact très étroit, les artères et les veines peuvent se transmettre de la chaleur les unes aux autres, de façon à maintenir le sang qui circule dans le corps à une température proche de 37°C. Lorsque la température de l'air est de 0°C, celle du sang, à l'extrémité des doigts, peut des¬cendre à 20°C. Si ce sang ainsi refroidi atteignait les organes vitaux du corps, il nuirait à leur fonctionnement. Heureusement, à mesure qu'il circule dans les veines des extrémités, le sang se réchauffe, selon un mécanisme comparable à celui d'un échangeur de chaleur par contre-courant. La chaleur du sang des artères qui vont vers la peau se transmet au sang des veines qui circule en sens opposé, à destination du cœur. L'échange de chaleur sera d'autant meilleur que ce système sera plus étendu. Pour cette raison, les gens actifs, et a fortiori les marcheurs qui ont des muscles plus développés et mieux irrigués que les sédentaires, résistent plus au froid. En résumé, nous gardons le coeur chaud parce que nous avons la peau froide. FABRIQUER PLUS DE CHALEUR Le second moyen de lutter contre le froid est de fabriquer plus de chaleur. L'ensemble des opé¬rations chimiques de la vie peut être assimilé à une combustion des aliments grâce à l'oxygène respiré. Quand le froid nous saisit, les combustions s'accélèrent. Si nous consommons une plus grande quantité de nourriture, le métabolisme devient plus actif et produit davantage de chaleur. C'est notamment le cas pour la consommation de matières grasses, qui donnent environ deux fois plus de calories par unité de poids que le sucre ou la viande (sucres 1 g = 4 cal. ; graisses : 1 g = 9 cal. ; protéines 1 g = 4 cal.). Les études réalisées à ce sujet indiquent qu'un individu qui effectue des exercices au froid ou frissonne a besoin de 17% de nourriture supplémentaire par rapport à celui qui se tient à la température d'une pièce. On a également noté que des animaux soumis à un environne¬ment froid mangent entre 52% et 112% de plus que d'habitude. MARCHER DANS LE SENS DU VENT Troisième moyen de lutte : les vêtements. L'air est un excellent isolant. La valeur de la plupart des tissus utilisés pour confectionner les vêtements est fonction de la quantité d'air qu'ils renferment. Ainsi, les Esquimaux, confrontés à des températures extrêmes, ont adopté comme tenue habituelle la peau de caribou en raison de la grande quantité d'air sec susceptible de s'accumuler entre les poils et à l'intérieur même de ceux-ci. Pour augmenter la quantité d'air rete¬nue dans les vêtements, et donc la protection contre le froid, il est préférable de revêtir plu¬sieurs pelures, même minces, qu'une ou deux très épaisses. Avantage supplémentaire, lors d'une activité sportive ou lorsque la températu¬re se réchauffe, on a la possibilité de retirer un ou plusieurs maillots. Depuis quelques années, il n'est plus nécessaire de s'habiller comme un conquérant du pôle Nord et de ressembler à un bibendum. En effet, des vestes spéciales, réalisées dans une matière élastothermique emprisonnant une couche d'air intercalaire, peuvent se porter à même la peau jusqu'à 0°C. Pour une température plus basse, il suffit d'ajouter un sous-vêtement en polypropylène. Quand ils sont sales, les vêtements perdent une bonne partie de leur pouvoir isolant. Les fibres textiles voient alors disparaître leur élasticité et, de ce fait, retiennent moins bien l'air sec. Le phénomène s'accentue encore lorsqu'ils sont mouillés, voire simplement humides. En effet, le pouvoir de refroidissement de l'eau est de 25 à 30 fois supérieur à celui de l'air à la même température ; aussi un vêtement mouillé peut-il perdre jusqu'à 99% de ses propriétés isolantes. L'écrasement du tissu, sa courbure, diminuent également la valeur de son isolation. Cet effet se manifeste tout particulièrement au niveau des extrémités et, notamment, des doigts, d'où l'intérêt de porter un équipement suffisamment ample (anorak, gants, souliers). De même, le vent augmente la vitesse de refroidissement. En revanche, lorsque l'air est calme, on peut parfaitement se promener à pied par -1°C sans problème particulier, à condition, bien sûr, de ne pas être coronarien (malade du cœur), alors que, pour une même température associée à un vent de 32 km/h, le refroidissement deviendra vite insupportable car correspondant à une température de -18°C (voir le tableau "Effets du facteur froid-vent" ci-contre). Lors d'une balade pédestre, il est capital de choisir son parcours en fonction de la direction du vent. Dans la mesure du possible, il faut l'avoir de face au début et dans le dos au retour. En effet, en marchant vent arrière, la tempéra¬ture du corps grimpe et l'on transpire en conséquence. Les maillots au contact de la peau s'imbibent alors de sueur. Par contre, au retour, face au vent, les vêtements humides absorbent la chaleur du corps et l'organisme se refroidit. Pour se protéger efficacement du vent, il existe des vêtements en Gore-Tex, tissu américain qui laisse s'échapper la transpiration mais empêche le vent et l'eau de pénétrer (voir page 56). Certaines parties du corps comme la tête, l'abdomen, les organes génitaux et, surtout, les mains et les pieds présentent une très grande surface par rapport à leur volume. Malgré les mécanismes circulatoires particulièrement ingénieux dont ils sont pourvus, aussi bien pour conserver que pour évacuer leur chaleur interne, ces organes se refroidissent rapidement lorsqu'ils ne sont pas convenablement protégés. La protection de la tête est particulièrement importante. Le cerveau, organe vital s'il en est, reçoit beaucoup de sang chaud. Les os étant de mauvais protecteurs, nous perdons beaucoup de chaleur par le crâne. Dans certaines conditions, on perd jusqu'à 30% de la chaleur corporelle par le cuir chevelu et ce taux grimpe jusqu'à 50%, voire 70% si on y rajoute le cou. Dans ce cas, l'organisme réagit en réduisant la circulation vers les pieds et les mains qui, en conséquence, se refroidissent plus vite. Parfois, cette caractéristique peut présenter un avantage et permet d'éliminer une bonne partie de l'excès de chaleur interne : par exemple, les skieurs de fond accomplissent, en principe, leur parcours la tête couverte, même à des températures de -15°C à -20°C (ainsi, ils n'ont pas froid aux pieds et aux mains). Néanmoins, la plupart du temps, il est recommandé de se protéger la tête et le cou, non seulement pour maintenir constante sa température interne, mais également pour ne pas s'enrhumer, surtout lorsqu'il y a du vent. Un bonnet de laine ou de coron, plus ou moins enfoncé sur les oreilles selon la température. suffit généralement. Pour les très grands froids. afin de mieux protéger l'abdomen particulièrement sensible. il est recommandé de porter une ceinture ventrière faisant écran au vent. L'ALCOOL NE RECHAUFFE PAS Lorsqu'il fait très froid. certains absorbent de l'alcool pour se réchauffer. Cela s'avère une mauvaise tactique quand on sait que la prise de boissons alcoolisées fait se dilater les vaisseaux sanguins cutanés et donc affluer le sang en En réalité, après une sensation fugace de bien-être. survient un refroidissement encore plus pénible de tout le corps. Cet accroissement de l'irrigation sanguine de la peau, qui amène une perte de chaleur, se fait aux dépens de la vascularisation des muscles qui se trouvent ainsi pénalisés dans leur aptitude à l'effort. L'exercice produit des effets opposés à ceux du froid. C'est pourquoi. sous réserve, bien entendu, d'être habillé de façon appropriée, une activité musculaire soutenue (telle une bonne marche) assure à toutes les parties du corps, même les plus sensibles, une protection suffisante. S'il est impossible de définir exactement les conditions qui doivent être réunies pour la marche lorsqu'il fait froid, on peut limiter à -5°C la température au-delà de laquelle sa pratique ne peut plus être assimilée à un plaisir. Cependant, certains sports, particulièrement producteurs de chaleur (tels le ski de fond ou le biathlon -ski nordique et tir à la carabine-), autorisent les compétitions jusqu'à -20°C. D'après le DR J.-P. DE MONDENARD
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